Parfois, une nouvelle vie commence là où rien ne semble prêt pour l’accueillir … et pourtant, tout y est — les sourires, les silences, et les premières étincelles d’une aventure humaine…



« It’s a new dawn, it’s a new day, it’s a new life for me… and I’m feeling good. »
— « Feeling Good », Nina Simone
Manille : de l’autre côté du monde, les premières rencontres
À peine arrivée à Manille, la chaleur étouffante de la « Perle d’Orient » me pousse à rejoindre rapidement les bureaux de la Fondation D’ABOVILLE, nichés au dernier étage d’un immeuble luxueux du quartier huppé de Makati. Dix petites minutes de marche depuis mon studio suffisent à me liquéfier, et je suis soulagée de pénétrer dans la résidence climatisée où se trouve l’appartement transformé en bureaux.
Je suis accueillie avec chaleur par Hubert D’ABOVILLE, tout sourire, qui me présente sans tarder l’agenda de la semaine, les personnes à rencontrer et les attentes autour du projet. À midi, je déjeune en tête-à-tête avec Emmanuel « Manu » SCHUTZ, le responsable du projet, qui prend ensuite une bonne partie de l’après-midi pour me présenter en détail le programme : les missions sur le terrain, les enjeux, les partenaires, les thèmes de recherche…
Les jours suivants sont rythmés par de nouvelles rencontres. Je fais la connaissance d’Ara, la femme d’Hubert, dont la gentillesse, le sourire lumineux et la cuisine délicieuse renforcent l’impression d’un accueil aussi chaleureux qu’attentionné. Puis vient Mariflore, l’épouse de Manu, qui supervise le suivi financier et veille à la bonne installation de l’équipe à Mindoro. Je fais également la connaissance de l’équipe financière Manille : Zenaida, Jude, April et Angela, qui prennent le temps, aux côtés de Mariflore, de m’expliquer les rouages de l’organisation budgétaire.
Je rencontre aussi Louäne, ma future colocataire à San José : une étudiante lyonnaise de 22 ans venue passer sept mois de son année de césure à travailler sur le dénombrement des tamaraws. Mais je vous en dirai plus sur elle bientôt, elle mérite un portrait à part entière !
Parmi les rencontres marquantes, je retiens aussi celle du Dr. Nikki DAGAMAC, biologiste reconnu pour ses travaux sur la conservation de la biodiversité aux Philippines – et notamment le tamaraw. Brillant et souriant, il incarne l’engagement scientifique avec une passion communicative.
Pour clore mon séjour à Manille, j’ai eu le bonheur de partager un dîner avec Hubert et Ara au People’s Palace, leur restaurant thaï favori, niché au cœur du luxuriant jardin de Greenbelt, un immense mall de cinq blocs où je me suis déjà perdue… trois fois ! Ara m’a initiée à la tradition du pasalubong, ce rituel où les voyageurs rapportent des cadeaux à leurs proches. En guise de bienvenue, elle a inversé cette tradition et m’a offert un bol en noix de coco, un sac à l’effigie du tamaraw, et du chocolat à la mangue. Une délicieuse soirée, tant pour les papilles que pour le cœur.



San José, Mindoro : nouveau port d’attache
Samedi 10 mai 2025 – 04:00, départ pour l’aéroport international Ninoy-Aquino
À peine une heure après le décollage, l’avion amorce sa descente. Par le hublot, je découvre les paysages saisissants de Mindoro : montagnes aux teintes émeraudes et rousses, côtes découpées, et mer alternant entre bleu profond et doré qui semble s’étendre à l’infini. Le contraste est saisissant.
Déjà, l’appareil touche le sol. On traverse le tarmac à pied, sans précipitation ni risque — il faut dire qu’un seul avion atterrit ici chaque jour, avant de repartir aussitôt. L’accueil des bagages, au tapis roulant plus que désuet, me donne un premier aperçu du niveau de vie local… et m’annonce que le confort de Manille est désormais loin derrière.



Les découvertes s’enchaînent et les émotions se heurtent à la réalité locale. À peine sortie de l’aéroport, je suis frappée par la chaleur accablante : 38 °C, ressentis 42. Le moindre déplacement devient une épreuve, surtout en tricycle, le « taxi » local composé d’une mobylette et son side-car customisé, typique mais peu protégé sous le soleil.




Arrivée au « bureau », je découvre une maison au confort et propreté… disons sommaires. Pas de poste de travail attitré pour moi : il faudra composer avec les absences des uns pour emprunter une chaise, ou s’installer à la table de la cuisine – à condition de lui faire un bon coup d’éponge. On verra lundi pour la première vraie journée de travail, mais une chose est sûre : ici, on apprend à s’adapter vite.
Après un déjeuner avec des membres de l’équipe et du partenaire MBCFI, je me retrouve à donner un coup de main pour vider l’ancienne maison de Louäne. Une expérience marquante : je n’avais jamais vu un lieu dans un tel état de délabrement. Sols troués, cuisine recouverte d’une épaisseur de graisse noire, odeur tenace d’humidité et moisissure… Un vrai choc.
Heureusement, notre nouveau logement est d’un tout autre ordre. La maison que je partagerai avec Louäne est récente, propre, simple mais fonctionnelle, et attenante à celle de Fernando, un chercheur espagnol de l’équipe, et de sa compagne philippine, Régine. La maison est assez typique d’une maison asiatique avec un rez-de-chaussée comportant un salon / cuisine + salle d’eau/toilette et un étage avec 2 chambres de taille inégale. L’ancien locataire, faisant partie de l’équipe, avait indiqué que la petite chambre était moins chaude que la plus grande. On n’a pas tiré au chifoumi mais on a choisit au hasard. Louäne aura la petite chambre et moi la grande.
La maison est peu meublée, il nous manque encore une table, des commodes (pour vider nos valises pleines), des draps… mais nous aurons le temps de nous organiser. L’essentiel est là : un lieu sain, accueillant, où je me sens soulagée de pouvoir poser mes valises.
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Petite visite de notre maison 3 semaines après notre installation :






ma terrasse



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Le soir même, l’équipe improvise un dîner dans la cour. Une femme vendait des dorades coryphènes (Mahi Mahi) devant le petit restaurant voisin. J’ai proposé d’en acheter, me souvenant de ce poisson délicat savouré autrefois aux Maldives. Grillé au barbecue, il révèle des saveurs subtiles, rehaussées par la simplicité du moment et la convivialité spontanée. Les discussions vont bon train, en anglais, dans une joyeuse cacophonie.
De mon côté, je reste en retrait, bercée par les voix et rythmée par ma propre fatigue. La journée a commencé à 3h15 du matin, et depuis, les émotions n’ont cessé de m’assaillir. Ce soir-là, je parle peu. J’écoute, j’observe, je me laisse traverser. Tout est encore flou, intense, un peu irréel… mais aussi plein de promesses.
Mais dans cette vie moins confortable, moins lisse, quelque chose de nouveau se tisse. Une complicité avec Louäne, des nouvelles rencontres, un nouveau mode de vie, qui promet de compenser largement le manque de confort. Je le sens : cette vie-là, plus sobre, plus proche des autres, a beaucoup à m’apprendre.
Demain nous irons remplir le frigo, trouver des draps et meubles, de nouvelles aventures à la découvert de San José arrivent…



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