Il y a dans chaque départ une part de vertige, où l’on laisse derrière soi le connu pour répondre à l’appel du cœur…




« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. »
Antoine de Saint-Exupéry
Premier vol, un tourbillon d’émotions m’envahit
L’excitation, d’abord. Celle qui bouillonne depuis des mois — des années même. Cela fait près de trois ans que je rêve d’une mission de volontariat, et me voilà enfin sur le départ. Le cœur qui bat plus vite. L’envie d’y être. De tout vivre. De tout ressentir.
Mais à cette euphorie se mêle une sourde appréhension. Vers quoi est-ce que je me lance, vraiment ? Vais-je réussir à trouver ma place ? À tisser des liens, à me faire des amis ? Vais-je réussir à m’apaiser, après ces mois de stress, d’angoisse, de pression constante ? Serai-je capable de m’adapter à la vie dans un village reculé, sur une île, dans un climat chaud et humide, au cœur d’une réalité marquée par la pauvreté ?
Moi, la Parisienne, citadine depuis plus de vingt ans, parfois qualifiée de « bobo » à mes heures…
Et pourtant, tout en moi frémit à l’idée de cette grande aventure tant attendue. Le soleil. La mer. Les plages. Les baignades. Et au-delà des cartes postales : une mission qui a du sens. Une vraie. Avec des convictions, pour protéger la biodiversité. Vivre en Asie — même si ce n’est pas encore la Corée, mon rêve suivant. Devenir bilingue, vraiment. Y compris en anglais professionnel. Apprendre à lâcher prise. Vivre autrement. Respirer.
Tout s’entrechoque en moi : la peur et l’impatience, l’inconnu et la promesse.
Et déjà… l’avion s’envole, 6h40 de vol pour ces premiers pas vers l’ailleurs…
Second vol, de Dubaï à Manille : l’autre moitié du voyage
Je m’endors à bord d’un A380 — immense, silencieux, presque irréel. Une fois de plus, je n’ai pas visité l’étage supérieur… il restera un mystère.
À mon réveil, je traverse ce que beaucoup appellent le plus bel aéroport du monde. Ici, le luxe tutoie la démesure. Des cascades jaillissent sur plusieurs étages, l’architecture brille, presque arrogante dans sa perfection.
Et pourtant…
Je ne suis pas encore prête. Pas totalement. Je ressens le besoin de retrouver un repère, une saveur connue. Alors je craque : petit-déjeuner à la française.
Mais c’est un nouveau choc. Le croissant, pourtant servi dans cet écrin luxueux, n’a rien d’un croissant français. C’est un rappel discret, mais brutal : tout va changer. Même les plaisirs les plus simples ne seront plus les mêmes.
Alors tant pis. Je me laisse porter par cette transition. J’attends calmement mon second vol : 8 heures et 35 minutes en plein ciel, à la place de mon dimanche. Loin du rythme habituel, je m’apprête à atterrir à Manille, à 22h10, dans la moiteur d’une nuit tropicale.
A l’atterrissage comme au décollage de Dubaï, un autre contraste me saisit : d’un côté, les gratte-ciels scintillent comme un mirage ; de l’autre, le désert commence à se lever contre le ciel. Une tempête de sable naissante efface peu à peu l’horizon. Très vite, la piste disparaît dans un flou ocre. L’avion s’élève dans un monde suspendu.
Et là, soudainement, le silence.
Plus de repères. Juste quelques lueurs chinoises, furtives, et des nuages à perte de vue.
Seul dans le ciel, cap vers les Philippines. Cap vers l’inconnu.
Premiers pas à Manille, symphonie bruyante de passé et de présent
Un studio au 22e étage, minuscule terrasse d’un mètre carré.
Il est 1h30 du matin. L’air est moite, chargé de pollution, la chaleur ne s’est pas dissipée malgré la nuit. Autour de moi, des milliers de lumières vibrent, palpitent — la ville ne dort jamais, elle respire fort, bruyamment, comme une machine en surchauffe.
Et pourtant, là, debout entre ciel et béton, je goûte un instant de calme.
Enfin.
L’effervescence de l’aéroport commence à s’éloigner : la résistance au passage de l’immigration, la suspicion des agents de l’immigration en découvrant mon visa de volontaire travailleur d’un an, les 15 messages échangés avec le chauffeur dans une langue qui n’est pas la mienne, dans une ville dont j’ignore encore tout.
Tout semble trop : trop bruyant, trop chaud, trop dense. Et moi, perdue dans cette ambiance étourdissante.
Demain, déjà, un autre défi m’attend : ma première rencontre avec Hubert d’Aboville, Emmanuel Schutz, et l’équipe financière de DAF Manille. Vais-je m’en sortir en anglais ? Vais-je comprendre ce qu’on attend de moi ? Suis-je à la hauteur ?

Mais pour l’instant, mes yeux se ferment, mon corps réclame pause. Le jet-lag me rattrape. Je suis là, à l’autre bout du monde, et tout commence.

NB : petit clin d’œil d’un de mes auteurs préféré pour ceux qui n’osent pas encore :
« Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle. » Paul Coelho
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